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Un grand nombre de victimes dans les troupes rwandaises en RDC, malgré les mensonges de Kagame

The Guardian 07.02.2025 Mark Townsend et Michela Wrong Traduit par: Jpic-jp.org

Des centaines de soldats rwandais ont été tués lors d'opérations secrètes dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), contredisant les affirmations de Kigali selon lesquelles ses soldats ne sont pas impliqués dans le conflit. 

De multiples sources de renseignement, militaires et diplomatiques affirment qu'un nombre « très important » de soldats de la Force de défense du Rwanda (FDR) sont morts en soutenant l’offensive des rebelles du M23 en RDC. L'imagerie satellite du cimetière militaire de Kigali, la capitale rwandaise, indique qu'au moins 600 tombes ont été creusées depuis que le M23 - soutenu par les troupes des FDR - a repris ses opérations en RDC il y a trois ans.

Deux hauts responsables des services de renseignement connaissant les FRD affirment que les pertes réelles subies par le Rwanda se chiffrent probablement en milliers, mais qu'il est difficile d'établir un chiffre définitif.

Une autre source haut placée affirme qu'un certain nombre de soldats rwandais morts ont été secrètement enterrés dans des « fosses communes » en RDC lorsqu'il était impossible de renvoyer leurs corps de l'autre côté de la frontière. Ces sources affirment que souvent les familles ont reçu des cercueils vides lorsque les corps ne pouvaient pas être rapatriés. « Tous les soldats qui ont péri en RDC n'ont pas pu être rapatriés, en particulier dans les zones soumises à des combats intenses. Certains ont été enterrés dans des fosses communes », ajoutent-elles.

Le nombre de victimes rwandaises est si élevé qu'une nouvelle aile a été construite à l'hôpital militaire de Kigali pour les prendre en charge. La morgue de l'hôpital est pleine, selon la source. Le Rwanda continue de nier que ses forces ont pénétré en RDC. Il a nié à plusieurs reprises avoir soutenu les rebelles du M23 et n'a jamais reconnu la mort de ses troupes dans le conflit.

Les experts de l'ONU affirment toutefois que l'armée rwandaise « contrôle de facto » les rebelles du M23, qui se sont emparés les mois derniers de la ville de Goma, capitale de la province du Nord-Kivu en RDC, et qui contrôlent une partie de la RDC équivalant à près de la moitié de la superficie du Rwanda lui-même.

Les révélations concernant le nombre de morts dans les rangs de l'armée rwandaise vont intensifier les pressions exercées sur Kigali pour qu'il fasse toute la lumière sur son rôle dans le conflit avant un sommet de crise auquel participeront les présidents du Rwanda et de la RDC, respectivement Paul Kagame et Félix Tshisekedi, à Dar es Salaam, en Tanzanie - Note : cet article date de plus d'un mois -.

Des sources diplomatiques affirment que le nombre réel de morts rwandais - preuve d'une implication soutenue en première ligne - serait extrêmement préjudiciable pour Kagame.

Emmanuel Ngabo – nom fictif -, qui en France dirige un groupe appelé ARC Urunana Nyarwanda France (Alliance rwandaise pour le changement), dit qu'il a reçu de nombreuses indications de parents endeuillés selon lesquelles un grand nombre de Rwandais ont été tués. « Il y a tellement de corps qui doivent être traités. Il y a une telle file d'attente de familles [pour l'enterrement] qu'elles n'ont droit qu'à 30 minutes au bord de la tombe ». Il ajoute : « Les cercueils sont toujours fermés, soit parce que le soldat est tellement blessé ou brûlé qu'il est méconnaissable, soit parce qu'il n'y a personne à l'intérieur ». « Nous avons entendu dire que les soldats sont souvent enterrés là où ils sont tombés au Congo : ce ne sont que les officiers qui sont ramenés pour être enterrés à Kanombe [cimetière militaire de Kigali] ».

Des images satellites de Kanombe datant d'août 2021 - avant le début du conflit du M23 - et une autre prise le 15 décembre 2024, avant que les rebelles ne s'emparent de Goma le 27 janvier, semblent montrer une augmentation spectaculaire du nombre de tombes à certains endroits. Deux zones en particulier indiquent une prolifération des tombes depuis le début du conflit. La première, au nord du cimetière, semble présenter environ 100 nouvelles tombes, doublant ainsi le nombre de tombes dans cette partie du cimetière. Au sud, au moins 500 nouvelles tombes sont visibles. Un grand nombre d'autres ont probablement été creusées depuis que l'image a été prise à la fin de l'année dernière. Car la couverture des nuages a empêché d'obtenir une image plus récente de Kanombe.

Le mois dernier a marqué une phase plus sanglante du conflit, avec une nouvelle poussée du M23 et des FDR qui se sont emparés des villes de Minova et de Sake, ainsi que de Goma. L'ONU indique que la bataille pour Goma a fait au moins 2 900 morts.

Une source de renseignements confirme l'augmentation du nombre de morts dans les rangs des FDR. « Nous recevons de plus en plus de rapports faisant état de victimes dans les hôpitaux militaires et les lieux de sépulture ». Une source militaire ajoute que les capacités de l'armée de la RDC – qui a utilisé efficacement des drones et de la puissance aérienne - auraient fait de nombreuses victimes. « Je ne suis pas surpris de voir l'augmentation du nombre de tombes. Lorsque des avions larguent des bombes sur des troupes, il y a beaucoup de morts ».

Bien que des milliers de soldats rwandais soient également déployés au Mozambique et en République centrafricaine, des sources affirment que les décès des FAR dans ces États sont « à peine une poignée ». Les experts de l'ONU ont estimé en décembre que jusqu'à 4 000 soldats rwandais se trouvaient sur le terrain en RDC, mais les services de renseignement pensent que le chiffre est bien plus élevé, avec peut-être plus de 7 000 soldats sur place.

Les familles rwandaises contactées par le Guardian pour commenter le conflit n'ont pas voulu s'exprimer sur la perte de leurs enfants. Toutefois, un Rwandais exilé en Europe a déclaré avoir parlé au cours de la semaine écoulée avec deux familles qui avaient perdu des fils dans les combats. Ils ont déclaré que les funérailles, organisées par l'armée, se déroulaient beaucoup plus rapidement que d'habitude.

« Cela se passe très vite. Les amis de la famille ne peuvent pas voir le défunt, comme c'est normal dans notre culture », ont-ils déclaré, ajoutant que les familles n'ont pas été informées de la manière dont leur fils est mort, mais seulement que c'était « sur le champ de bataille ». M. Ngabo, qui est exilé en France, ajoute : « Combien d’avis d'obsèques de soldats rwandais tués au Congo n’ai-je pas publiés ! »

Les familles en deuil sont en colère, dit-il. Certaines ont été appelées par leur fils, qui leur a dit : « Nous partons demain pour le Congo, priez pour moi ». D'autres ne savaient même pas que leurs fils avaient été envoyés combattre au Congo lorsqu'ils ont reçu le coup de téléphone leur disant d'aller chercher le corps à Kanombe.

Bien que le Rwanda soit resté discret sur les pertes subies de l'autre côté de sa frontière occidentale, M. Kagame a fait référence aux morts des FDR dans son récent discours de fin d'année, promettant aux familles que leurs « sacrifices ne seront jamais vains ».

Une source diplomatique a déclaré que ses commentaires indiquaient que le taux de pertes devenait un « problème très réel ».

Voir : Rwandan troops ‘dying in large numbers in DRC’, despite official denials of role

Photo. Cimetière militaire de Kanombe à Kigali, Rwanda. L'image de gauche date d'août 2021, avant le début du conflit du M23, et celle de droite de décembre 2024. Planet Labs PBC

 

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